THE UGLY TRUTH : « Tout augmente, ma bonne dame ! »
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🔊 EDITO BY NASH
🤡 L’inflation, le cinéma, Vivatech et Polsia !
🏜 WHISPER OF THE VALLEY
👽 Le conseil selon OpenAI
⚡ Anthropic & OpenAI, kings of the B2B world
🦋 ARR revu à la hausse à 44 milliards….
🐇 Claude pour les petits
🥸 Thinking Machines, le Lucky Luke de la voix
💋 L’IA pour les gras chez Novo Nordisk
🚧 CAISI ou quand Donald ne rigole plus !
🤬 Gemini Intelligence partout
🦁 Conf Alphabet today !!
👙 Pupuces chinoises
💵 Pre-product, mais c’est pas grave !
🐇 Grounding ? Me ?
⚡Codex fait la loi
🚧 Mistral et la soufflante
🦋 SpaceX et l’IPO
😱 Humanoïdes de combats en Ukraine !
👙 CANNES SPECIAL (IA & CINEMA)
🔞 AND NOW FOR SOMETHING COMPLETELY DIFFERENT
🤣 Blagues avec un accent
EDITO BY NASH
Alors tu l’as compris, je vais commencer chaque newsletter à partir de maintenant par une petite publicité pour mon code de réduction pour te faire venir à Vivatech pour les 10 ans !
NASH 20
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Dingo !

Bon, on peut y aller maintenant ?
Donc mes sujets de la semaine, pour une fois, me font moins râler que d’ordinaire ! Mais quand même un peu !
J’entends ce matin, et depuis quelques jours, des zozos économistes ou journaleux dits « spécialistes » de l’économie, soupçonner qu’il puisse y avoir un peu d’inflation de second tour… Mais dès lors que l’on a une crise qui dure et qui s’inscrit dans une logique que l’on connaît depuis l’ère post-Covid, quelle est la surprise ? Réellement ?
Il y a deux mois, tous disaient : aucune chance que l’on ait autre chose qu’une hausse des prix à la pompe.
Ok, donc on n’a rien appris des crises de 2022 et 2023 et des mois qui s’en sont suivis ?




L’énergie, encore plus dans une ère où tout le monde court après l’IA, est clef ! Et comme on aime tant le rappeler : nous n’avons pas de pétrole en France… et le pétrole, ce n’est pas que l’essence !
Et c’est sans compter sur le blocage du détroit d’Ormuz qui enchose bien plus le monde que simplement les grossistes d’or noir !
Donc il y a deux mois, je me disais : « comment peuvent-ils penser qu’il n’y aura pas d’inflation ? »
Le mois suivant, observant la hausse des prix aux USA, les mêmes nous ont dit « oui, mais nous, en Europe c’est pas pareil »…
Alors aujourd’hui, quand j’entends que « peut-être qu’il faudrait parler d’un retour de l’inflation » je me dis : « en matière d’énergie, ce ne sont pas ces lumières-là, qui en consomment le plus ! »
Parce que j’aime l’humour.
Et râler.
Alors soit, pour les brosser un peu dans le sens du poil ces zozos à modulation de fréquences et ces Cassandres des plateaux du PAF, les trois derniers mois ont ressemblé à une sorte de parenthèse psychologique : croissance molle, consommation atone, taux stabilisés, reflux apparent de certains prix… je ne parle que de l’Europe, hein !
Mais avec le conflit en Iran qui n’en finit pas de s’achever à coup d’annonces plus folles et délirantes de la maison du Donald, c’était inévitable, le mois de mai, entre un cinéma qui ricane, des ricains et des jerrycans, le tout sur une successions de ponts déchaussés où l’on cancane en bécanes ou en familles, s’est senti mal, très mal, bossu, coûteux, sans raison d’être !
Il n’y faisait jusqu’à ce jour, même pas beau !
C’est dire !
Il lui fallait donc un truc pour s’encanailler, pour nous dire qu’il était là… pour qu’on se souvienne de lui : le retour de l’inflation, dans le choix des thèmes en vogue, arrivait juste devant la zigounette de Bruel et la sortie d’un docu sur la déroute des bleus en 2010 (comme si l’on avait besoin de ça à un mois de la coupe du monde !).
A défaut d’avoir la moutarde qui nous monte et que l’on crie un grand « il n’y a que mai qui m’aille ! », ce sont donc les prix, qui retentent, avec la grâce d’un cours de Bitcoin, un ATH des familles pour avoir notre attention !
Alors pourquoi selon moi c’était un peu évident ? (oui, c’est facile de le dire après coup, mais je ne suis pas économiste, moi, je suis un couillon pragmatique !)
Le pétrole qui monte, ça enfante le transport qui augmente, l’industrie qui encaisse, la chimie qui bug, l’agroalimentaire qui peine, la logistique dans son ensemble qui prend un coup…
Et pour une Europe qui importe massivement (notamment son pétrole !), qui est relativement désindustrialisée, qui dépend donc passablement d’approvisionnements externes, les tensions géopolitiques se paient cash !
En gros, dès que le baril tousse, l’Europe prend un gentil 39 de fièvre !
Et depuis quelques jours, si nous n’avons pas encore une spirale « prix salaires », nous avons bien des entreprises qui montent leurs prix, des salariés qui commencent à se dire qu’ils mériteraient bien une petite augmentation, des services qui prennent le relai à la hausse, et une recherche de marges qui se fait au détriment de prix bas ! Et l’inflation perd son petit côté « temporaire » pour installer son gros séant dans notre quotidien !

Alors on reparle de hausse de taux, de persistance, voire de « second tour »… et là, ça pue !
Les prévisions de croissance sont toutes revues évidemment ! Le budget de l’Etat en cours de constitution pour 2027 sent déjà la poudre…
Et si tu ajoutes les éléments exogènes de notre monde moderne et que nous avons feint d’ignorer pendant plus de 30 ans, alors c’est le scénario pourri 2022-2024 qui nous pend au nez : protectionnisme à toutes les portes, militarisation exacerbée, économie fragmentée, déréglementation et déstabilisation des échanges, nouvelles poussées illibérales partout…
La teuf !
Enfin, les déficits des pays Européens sont un élément à ne pas sous-estimer : avec l’argent massivement injecté dans nos économies peu productives, il n’est pas illogique qu’à terme, la dépense publique se retrouve souvent, en défaut de productivité, dans les prix !
Bref : j’ai vraiment envie d’avoir tort !
Pour une fois !
………………
Pour conjurer le sort et ne pas focaliser sur les mauvaises nouvelles venues des marchés et des économistes, leurs grands vulgarisateurs ou leurs fervents ‘complicateurs’, je me suis lancé dans l’expérimentation d’une boite créée en Californie par un frenchy, Ben Cera, qui s’est dit un jour, « tiens, si je fabriquais le co-founder ou l’employé IA de ceux qui ne se lancent jamais dans leurs ‘projets’ d’entreprise ? »
Eh bien j’en suis au 6ème jour, je tente la disruption d’un secteur lié au recrutement, et je suis sur le cul : l’outil est d’une simplicité mais aussi d’une rapidité et d’une élégante qualité ! L’interface adopte les codes des LLM, avec une partie chatbot et une autre qui déroule les tâches à accomplir, avec un planning, et deux autres zones sont dévolues à la création de séquences en live de réflexion et de création, l’une lisible, l’autre plus empruntée aux outils de code, sans pour autant sombrer ni dans le jargon de développeurs ni l’austérité des codeurs !
En l’espace de 5 minutes, après avoir prompté 4 lignes de « mon idée », Polsia (c’est le petit nom de cette entreprise, qui pour la blague s’écrit AI SLOP à l’envers !) me proposait un site web en test, des features complémentaires de celles que j’avais prévues, un plan de com, une strat de go to market, et j’en passe…
Et ce collaborateur qui travaille pendant que tu dors (c’est une des propositions de valeur) déroule du boulot au kilomètre pendant que tu peux sortir le chien !
L’intégration d’une politique tarifaire, de l’interface Stripe, et le recrutement automatique de 10 beta-testeurs parmi le cœur de cible, l’ajout de pages obligatoires, et l’upgrade de l’UX, hop, le tout en 20 min…
Et comme avec les Cowork, Claude Code, ou Codex, tu testes en local, évidemment… mais là, ça va encore plus loin. Cette solution prend les devants vis-à-vis de mes attentes ou de mes potentielles envies. Elle me fait des propositions liées à mon business et non pas liées à mon process ou mon produit…

Bref. Je sais que dans 10 jours toutes les interfaces LLM du monde auront peut-être une fonction similaire, mais pour l’instant, je joue avec Polsia et je t’invite, toi qui as une idée mais qui n’a jamais voulu rien tenter, faute de temps, à aller y faire un tour !!
Et puis dans le pire des cas, ça m’aura coûté 50 balles… et au mieux, j’aurai disrupté un marché qui vend ses prestas à 25 000 en B2B avec des abonnements à 99 dollars par mois ! héhé
…………………………………
Le Festival déconne.
Et d’ailleurs, pour parler IA et cinéma, je t’ai pondu 4 pages à la fin de cette newsletter ! Comme ça, je ne t’emm… plus avec l’édito, et tu peux y aller voir si j’y suis, mais uniquement si tu veux !
Mais c’est un sacré bazar, l’IA à Cannes, c’est moi qui te le dis !
Un petit mot d’encouragement aux Ukrainiens, qui ont cette semaine un peu inversé si ce n’est le rapport de force, en tout cas le camps de l’optimisme ! C’est déjà ça !
Allez, en attendant de parler Russe et de cohabiter avec des robots chinois, prends soin du rock n’roll et garde-toi du mal !
WHISPER OF THE VALLEY
IA · États-Unis
💰 #1 : OPENAI OUVRE UNE FILIALE DE CONSEIL À 14 MILLIARDS, 19 INVESTISSEURS, 150 INGÉNIEURS DE TERRAIN
Source : OpenAI / Yahoo Finance / Let’s Data Science, 11 mai 2026 • Géographie : USA
📋 The News
Le 11 mai, OpenAI a annoncé la création de l’OpenAI Deployment Company, filiale indépendante valorisée 14 milliards de dollars dès le premier jour, financée par 4 milliards apportés conjointement par 19 cabinets et fonds. TPG mène l’opération, accompagné par Advent, Bain Capital et Brookfield comme co-leaders, avec également Capgemini, McKinsey, Bain & Co et SoftBank au tour de table.
L’idée est simple à formuler, beaucoup plus complexe à exécuter. OpenAI envoie chez ses clients enterprise des Forward Deployed Engineers, c’est-à-dire des ingénieurs IA qui s’installent dans les locaux des entreprises pour identifier les workflows à transformer, redessiner l’infrastructure autour d’agents Claude ou GPT, et rendre durables les gains obtenus. En gros, ils m’ont copié, les salauds héhé !
La filiale revendique 150 ingénieurs et spécialistes du déploiement, repris pour l’essentiel de Tomoro AI, cabinet londonien fondé en 2023 en alliance avec OpenAI, racheté dans la foulée. Tomoro avait déjà Fidelity International, Virgin Atlantic, Tesco, la NBA, Red Bull et Supercell parmi ses clients.
C’est la première fois qu’un labo de modèles s’industrialise verticalement sur la couche conseil et intégration. Une fois OpenAI installé chez le client, Accenture, Capgemini ou McKinsey ne sont plus l’interface, ils deviennent partenaires d’un acteur qui voit lui-même les données, les processus et les goulots d’étranglement.
👉 Source vérifiable : https://openai.com/index/openai-launches-the-deployment-company/
💼 The Takeaway
Le mouvement signe la fin de l’ère où l’on pouvait choisir séparément un modèle de fondation et un intégrateur. À l’heure où OpenAI absorbe la couche conseil, les directions IT qui négociaient deux contrats vont en signer un seul, avec un fournisseur dramatiquement plus puissant en face.
Action concrète : ouvre la discussion en interne sur ce que tu acceptes de céder en visibilité et en gouvernance contre la promesse d’un projet qui aboutit. La vraie question, c’est la propriété de la donnée et des process découverts par les FDE qui sortent du périmètre OpenAI seul. Mais bon, on n’en est pas encore là !!
🌍 #2 : ANTHROPIC ET OPENAI CAPTENT 89 % DES REVENUS DES STARTUPS IA, LE MARCHÉ S’EST REFERMÉ
Source : The Information, Mi-mai 2026 • Géographie : USA
📋 The News
Selon The Information, Anthropic et OpenAI concentrent désormais 89 % des revenus générés par l’ensemble des startups IA aux États-Unis. La part combinée des deux laboratoires est passée d’environ 72 % il y a six mois à ce niveau record, en grande partie grâce à la bascule B2B massive observée au premier trimestre 2026 et à la cadence des releases (GPT-5.5, Claude Opus 4.7, Claude Code, Anthropic Orbit, OpenAI Deployment Company).
Le détail compte. Les revenus B2B pèsent désormais plus de 80 % chez Anthropic, contre 60 % il y a un an. OpenAI vient de monter une filiale conseil dédiée. Tous les autres acteurs, y compris Mistral, Cohere, Inflection, Adept, Character, Stability, additionnés, ne pèsent plus que la moitié d’un point de croissance trimestriel face aux deux dominants.
Pour les concurrents, le calcul devient brutal. Soit attaquer une verticale spécialisée que les deux géants ne couvrent pas encore (médical, juridique, défense souveraine), soit accepter de revendre via Bedrock, Vertex AI ou directement les API d’OpenAI et d’Anthropic, en perdant la marge.
👉 Source vérifiable : https://www.theinformation.com/
💼 The Takeaway
Côté responsables achats IT, la concentration capte aussi le pouvoir de négociation. À deux acteurs qui valent ensemble plus de 1 700 milliards de dollars en valorisation papier, la marge de manœuvre commerciale se réduit, et les conditions tarifaires de 2026 ressemblent de plus en plus à celles d’AWS au début des années 2010.
Ce qui change concrètement : intègre dans tes contrats des clauses de portabilité multi-modèle, sinon tu te retrouves dans deux ans face à un fournisseur qui ne t’écoute plus. Et garde un œil sur les acteurs verticaux européens qui essaient encore de tenir bon, parce que c’est probablement la dernière fenêtre pour les soutenir.
💰 #3 : ANTHROPIC PUBLIE SON Q1 : ARR À 44 MILLIARDS, DOUBLEMENT DES CLIENTS PREMIUM EN HUIT SEMAINES
Source : Air Street Press / Fortune / Anthropic, 12-15 mai 2026 • Géographie : USA
📋 The News
Anthropic a dévoilé ses chiffres trimestriels en marge de la finalisation de son tour à 900 milliards de valorisation. Le revenu annuel récurrent dépasse désormais 44 milliards de dollars, contre 30 milliards début mai et 9 milliards fin 2025. La croissance Q1 2026 affiche un facteur 80 par rapport au Q1 2025. Le nombre de clients dépensant plus d’un million de dollars par an est passé de 500 à plus de 1 000 entre mars et mi-mai, soit un doublement en huit semaines. Seules les plaintes contre Patrick Bruel se multiplient plus vite actuellement !
La bascule B2B s’accélère : 80 % du chiffre d’affaires provient désormais des entreprises, contre 60 % il y a un an. Les nouveaux gros contrats incluent PwC sur le conseil, la Fondation Gates pour un partenariat humanitaire de 200 millions de dollars annoncé cette semaine, et un déploiement complet chez Novo Nordisk pour la R&D pharma sur le diabète et l’obésité.
Si la levée de 30 milliards à 900 milliards de valorisation se ferme avant fin mai comme prévu, Anthropic dépasserait OpenAI (852 milliards post-money en mars) pour la première fois. La possibilité d’une IPO en octobre 2026 se renforce, après une série de partenariats récents avec SpaceX (compute Colossus 1, 300 mégawatts) et Google (40 milliards en deux tranches, déjà annoncé).
👉 Source vérifiable : https://press.airstreet.com/p/state-of-ai-may-2026
💼 The Takeaway
Trois mois plus tard, les directions financières qui auront négocié des conditions tarifaires multi-années avec garantie de plafond seront les seules à amortir le choc post-IPO. Une fois cotée, Anthropic optimisera la marge, comme l’a déjà fait OpenAI avec le doublement du prix de GPT-5.5. Et Claude est déjà cher !
Le calcul à poser : à 44 milliards d’ARR et 80 % de B2B, Anthropic n’a plus besoin de capter de nouveaux usages grand public pour valider son IPO. Les contrats stratégiques sont à signer maintenant, pas dans six mois.
🔧 #4 : CLAUDE FOR SMALL BUSINESS : ANTHROPIC OUVRE LA PORTE AUX TPE-PME, QUICKBOOKS COMPRIS
Source : Anthropic / TechCrunch / Axios, 13 mai 2026 • Géographie : USA
📋 The News
Anthropic a lancé le 13 mai Claude for Small Business, un module activable depuis Claude Cowork qui connecte le modèle à huit outils standards des petites entreprises : QuickBooks, PayPal, HubSpot, Canva, Docusign, Google Workspace, Microsoft 365 et Slack.
Le package inclut 15 workflows agentiques prêts à l’emploi, allant de la préparation de la paie au lettrage de fin de mois, en passant par la relance de factures, le tri des leads, la revue de contrats et le pilotage de campagnes marketing.
Le positionnement tarifaire est agressif : aucun surcoût au-delà des licences Claude existantes et des outils partenaires que la TPE-PME paye déjà. Anthropic accompagne le lancement d’une tournée gratuite de dix villes américaines à partir du 14 mai (Chicago, Tulsa, Dallas, New Jersey, Baton Rouge, Birmingham, Salt Lake City, Baltimore, San Jose, Indianapolis), avec des sessions live de demi-journée pour cent dirigeants par étape.
C’est la première offre frontale d’Anthropic vers les SMBs, segment historiquement dominé par Microsoft Copilot (les pauvres !) et Google Workspace. La logique est de mettre sur piste les workflows répétitifs (compta, support, marketing) chez un public qui ne pouvait pas s’offrir de Forward Deployed Engineer, et de bâtir une base d’usage massive avant l’IPO d’octobre.
👉 Source vérifiable : https://www.anthropic.com/news/claude-for-small-business
💼 The Takeaway
Côté éditeurs SaaS verticaux qui ciblent les SMBs, la fenêtre se réduit. Un cabinet d’expertise comptable qui adopte QuickBooks plus Claude obtient en un mois ce qu’un éditeur métier français vendait pour trois ans de chantier. Ca pique, la SaaSpocalypse !
À l’heure où la couche d’orchestration devient gratuite ou quasi, les dirigeants de PME français doivent prévoir un audit de leur stack d’outils ce trimestre, en commençant par chercher où Claude ou un équivalent peut diviser par cinq le temps passé sur trois tâches précises. Mieux vaut le faire avant que les concurrents le fassent !
🧠 #5 : THINKING MACHINES (MIRA MURATI) PROMET UN MODÈLE QUI ÉCOUTE EN PARLANT, RÉPONSE EN 0,4 SECONDE
Source : TechCrunch / MarkTechPost / Semafor, 11-13 mai 2026 • Géographie : USA
📋 The News
Thinking Machines Lab, le projet de Mira Murati (ex-CTO d’OpenAI), a sorti le 11 mai en research preview ses Interaction Models. La thèse posée par la société : tous les grands laboratoires ont traité la couche d’interaction comme un branchement de surface, ce qui produit cette latence d’une seconde et plus que tu sens dans la voix de ChatGPT ou Gemini Live. Pour Thinking Machines, c’est un problème d’architecture, pas de tuning.
Révolution !
Le premier modèle s’appelle TML-Interaction-Small. Architecture : Mixture-of-Experts de 276 milliards de paramètres dont 12 milliards actifs à chaque token, entraîné from scratch pour la conversation continue.
Performance affichée : 0,40 seconde de latence de réponse contre 1,18 seconde pour GPT-Realtime-2.0. Le modèle ne s’arrête pas pour réfléchir : un module d’arrière-plan gère le raisonnement et l’usage d’outils en parallèle, en partageant le contexte.

Conséquence pratique : un agent vocal qui écoute pendant qu’il parle, peut interrompre, peut digérer une nouvelle question avant d’avoir fini de répondre à la précédente. C’est ce que tous les acteurs visent depuis deux ans, sans y arriver. Thinking Machines ouvre une preview limitée pour collecter du feedback, avec un déploiement plus large prévu pour le second semestre 2026.
💼 The Takeaway
L’usage par voix devient enfin viable au-delà du gadget. Les call centers, l’accueil téléphonique, le coaching et la formation pourraient basculer plus vite que prévu, parce qu’avec moins d’une demi-seconde de latence, la conversation cesse d’être robotique.
Ce qui change concrètement : si tu pilotes un centre de contact ou un service de support, demande dès maintenant un test sur Interaction Models (US only pour l’instant, je crois !). La levée à 12 milliards de Thinking Machines il y a six mois prend tout son sens, et le modèle pourrait redessiner la concurrence entre OpenAI Voice, ElevenLabs et les solutions d’orchestration vocale.
💼 #6 : NOVO NORDISK ARRIME CHATGPT À TOUTE SA CHAÎNE PHARMA, DE LA DÉCOUVERTE AUX ESSAIS
Source : OpenAI / Annonces enterprise mai 2026, 15-18 mai 2026 • Géographie : USA / Danemark
📋 The News
Novo Nordisk, géant pharmaceutique danois et leader mondial des traitements GLP-1 (Wegovy, Ozempic), a annoncé un partenariat stratégique cross-fonctionnel avec OpenAI pour intégrer ses modèles dans l’ensemble de l’entreprise : découverte de molécules, conception d’essais cliniques, manufacturing, supply chain et opérations commerciales. Déploiement complet prévu d’ici la fin de l’année 2026. On aurait pu croire que les Large Language Models préparaient leurs summer body, mais non !
L’objectif affiché est d’accélérer l’identification de nouveaux traitements pour le diabète et l’obésité, dans un contexte où Eli Lilly a regagné des parts de marché avec Zepbound et menace la dominance de Novo. L’enjeu n’est pas que scientifique : c’est aussi une course de productivité. Les R&D pharma qui réduisent leur cycle de validation d’une molécule de douze mois à neuf mois prennent un avantage capital sur leurs concurrents.
Le deal est signé alors que la couche conseil IA chez OpenAI vient de naître, et coïncide avec le partenariat Anthropic-PwC. Les big pharma deviennent l’un des terrains d’expérimentation principaux des deux laboratoires : un secteur lent à se transformer, riche en données propriétaires, et où le retour sur investissement d’un projet réussi se chiffre en centaines de millions.
👉 Source vérifiable : https://openai.com/news/
💼 The Takeaway
Les directions R&D pharma françaises (Sanofi, Servier, Ipsen, Pierre Fabre) voient la pression devenir explicite. Trois mois plus tard, ceux qui n’auront pas formalisé un partenariat structurant avec un labo IA majeur seront en retard sur l’industrialisation des candidats-molécules. Mistral en embuscade ?
À retenir : Novo joue son leadership mondial sur ce pari. Les compétiteurs européens qui se contentent d’un partenariat universitaire sur trois ans ratent un changement de cycle, parce que la vitesse d’itération IA s’incrémente en semaines, pas en années.
🌍 #7 : CAISI : LES CINQ LABORATOIRES FRONTIÈRES PASSERONT PAR WASHINGTON AVANT TOUT LANCEMENT PUBLIC
Source : CNBC / NIST CAISI / HPCwire, 5 mai 2026 (en application depuis mi-mai) • Géographie : USA
📋 The News
Le Center for AI Standards and Innovation, rattaché au NIST au sein du Département du Commerce américain, a annoncé le 5 mai avoir finalisé des accords de pré-deployment evaluation avec Google DeepMind, Microsoft et xAI, rejoignant OpenAI et Anthropic déjà signataires. Les cinq grands laboratoires frontières américains passent désormais leurs modèles devant le gouvernement avant tout lancement public, dans le cadre d’évaluations dites de sécurité nationale.
Le CAISI a déjà conduit plus de 40 évaluations sur les modèles frontières depuis sa création en 2024. Pour les besoins de l’audit, les développeurs fournissent fréquemment des versions de modèles avec leurs garde-fous réduits ou désactivés, afin de tester les capacités brutes (cyber, bio, surveillance, désinformation). Cette pratique, jusqu’ici non encadrée, devient la norme aux États-Unis.
Politiquement, l’administration Trump a basculé son discours public : après les frictions de début d’année (Pentagon vs Anthropic, accusations contre les labs alignés sur la sécurité), l’agenda gouvernemental réaffirme la prééminence de la sécurité nationale. Anthropic, exclue des contrats classifiés du Pentagone début mai, est paradoxalement l’une des deux signataires historiques du CAISI depuis 2024. On n’est plus à une incongruité près du côté de chez Donald !
👉 Source vérifiable : https://www.cnbc.com/2026/05/05/ai-oversight-trump-google-microsoft-xai.html
💼 The Takeaway
Les éditeurs européens qui se demandent où s’aligner réglementairement se retrouvent face à deux modèles : le CAISI américain et l’EU AI Act dessinent deux modèles de contrôle différents mais convergents sur le fond : tout modèle frontière déployé en 2027 sera examiné par au moins un gouvernement.
L’enjeu pour les patrons français : ne pas rater la nuance. Sur la souveraineté de la donnée d’entraînement, l’Europe demeure plus exigeante. Sur la sécurité d’usage en production, les États-Unis viennent de prendre une avance procédurale, qu’il faut suivre sans copier.
🔧 #8 : GOOGLE RECONSTRUIT ANDROID AUTOUR DE GEMINI, L’OS DEVIENT UN SYSTÈME D’INTELLIGENCE
Source : CNBC / Fortune, 12 mai 2026 • Géographie : USA
📋 The News
Selon CNBC le 12 mai, Google est en train de réécrire en profondeur des pans entiers d’Android pour y intégrer Gemini Intelligence comme couche transversale. Le moteur est conçu pour traverser les applications, lire le contenu affiché à l’écran et déclencher des tâches transverses : remplir un panier d’achat, comparer trois assurances, prendre une réservation, croiser un email Gmail avec une carte Maps.
La promesse de l’intégration telle qu’elle est définie par Microsoft et Alphabet depuis plus de 18 mois, en somme… mais que l’on attend !
L’ambition revendiquée n’est plus de rénover un OS existant mais de muter d’OS vers ce que Google appelle un système d’intelligence. Concrètement, Android cesserait d’être un agrégateur d’applications pour devenir un système d’agents coordonnés par Gemini, qui négocient entre eux à la place de l’utilisateur. Cette bascule sera officialisée lors de la keynote Google I/O 2026 du 19 mai, demain, à 10h heure du Pacifique.
Le timing est précis : Apple a confirmé que Siri serait reconstruit autour de Gemini (deal signé en mars), avec une démonstration prévue à la WWDC du 8 juin. Google veut prendre les devants avant qu’Apple n’absorbe la narrative. À noter aussi : l’arrivée d’Aluminium OS, l’OS desktop ARM64 censé remplacer ChromeOS, dont les visuels ont fuité quelques heures avant l’Android Show du 12 mai. Ca bouge beaucoup chez Google !
💼 The Takeaway
L’enjeu pour les éditeurs d’applications mobiles : si Gemini parle directement aux apps via des protocoles natifs, l’interface utilisateur perd de sa valeur d’attention, et les conversions migrent vers l’agent. À l’heure où Android porte 70 % du marché mondial, c’est un changement de règles du jeu publicitaire et d’acquisition.
Ce qui se prépare derrière la keynote : un nouveau langage d’intent (probablement Agent2Agent enrichi), des SDK Gemini pour faire parler les apps tierces, et un système de partage de revenus dont les contours sont encore flous. Les éditeurs qui auront négocié leur place dans les premiers partenariats avant juin auront un boulevard, les autres essuieront les plâtres.
🧠 #9 : GOOGLE I/O 2026 : GEMINI 4, LUNETTES XR ET ALUMINIUM OS DÉBARQUENT DEMAIN
Source : Android Authority / Yahoo Tech / Beebom, Keynote 19 mai 2026 • Géographie : USA
📋 The News
La keynote Google I/O 2026 se tient demain 19 mai à 10h heure Pacific Time, zozo. Plusieurs annonces majeures sont déjà confirmées ou massivement fuitées.
Première annonce : Gemini 4, refonte complète des capacités multimodales, avec une attention longue contextuelle, des agents capables de coordonner plusieurs apps Android sans intervention, et une intégration native dans les Workspace.
Deuxième annonce : la première démo publique des lunettes Android XR, fruit du partenariat avec Samsung, présentées comme une réponse frontale au Vision Pro d’Apple et aux Ray-Ban Meta. Intéressant !! En tout cas, moi, j’ai hâte !
Troisième scoop : Aluminium OS, l’OS desktop ARM64 dont les screenshots ont fuité, conçu pour remplacer ChromeOS et tourner sur la nouvelle gamme Googlebook annoncée la semaine dernière. Le sidebar Files de l’OS leaké identifie explicitement le device comme “Multi-device ARM64”.
Le mot d’ordre est l’unification. Pour la première fois, Google présente une stack alignée du smartphone (Android 17) au laptop (Aluminium OS) en passant par les lunettes (Android XR), avec Gemini en colonne vertébrale. Les développeurs disposeront d’un nouvel AI Developer Platform, dont la documentation a déjà commencé à apparaître sur les forums internes Google. Alphabet voudrait prendre Apple en frontal qu’ils ne s’y prendraient pas autrement !
👉 Source vérifiable : https://www.androidauthority.com/what-to-expect-from-google-io-2026-3664979/
💼 The Takeaway
Sur le terrain B2B, l’unification Android-Aluminium-XR fait sortir Google de sa case historique de moteur de recherche. Pour les directions IT, ça veut dire qu’une discussion de renouvellement de parc PC ne se limitera plus à Windows vs macOS d’ici fin 2027.
Le calcul à poser : Google va beaucoup pousser sur le Googlebook et Aluminium OS comme alternative crédible aux Surface Pro et aux MacBook entrée de gamme, surtout dans l’éducation et le mid-market.
Préviens tes équipes d’évaluer la stack dans le prochain cycle d’achat, en mode comparaison TCO sur trois ans.
⚔️ #10 : ANTHROPIC RÉCLAME UN DURCISSEMENT DES RESTRICTIONS DE PUCES AMÉRICAINES VERS LA CHINE
Source : The Information, Mi-mai 2026 • Géographie : USA
📋 The News
Anthropic, par la voix de Dario Amodei et d’Anthropic Policy, a pris position publiquement pour un durcissement des restrictions d’export américaines sur les puces d’IA vers la Chine.
La société rappelle que DeepSeek V4, lancé fin avril, tourne entièrement sur des puces Huawei Ascend 950, et que le rythme de progression chinois suppose, selon Anthropic, un retour aux pratiques d’export contrôlées plus strictement qu’aujourd’hui.
L’argument est double. Stratégique : Anthropic estime que l’accès aux puces Nvidia ou aux machines de gravure ASML reste un goulot d’étranglement réel pour Pékin, et que toute relaxation accélère la convergence des capacités chinoises avec les meilleurs modèles américains.
Et tactique : Anthropic cherche aussi à se réconcilier avec l’administration Trump après son éviction des contrats classifiés du Pentagone début mai.

La prise de parole intervient pile au moment où Anthropic finalise son tour à 900 milliards, signe son deal SpaceX (300 mégawatts Colossus 1) et passe sous évaluation CAISI. Pour un labo qui a longtemps été classé chez les alignés sur la sécurité côté gouvernance interne, le revirement géopolitique est notable.
👉 Source vérifiable : https://www.theinformation.com/
💼 The Takeaway
Pour les entreprises européennes qui ont commencé à mettre DeepSeek dans leur shortlist (cf. édition du 9 mai), le risque de ricochet du durcissement export n’est pas négligeable. L’Europe pourrait être priée de s’aligner sur de nouvelles restrictions américaines avant fin 2026. On en est là de notre niveau de dépendance digitalo-tech vis-à-vis des US.
Ce qui se joue derrière : si le durcissement passe, les modèles chinois open-weights deviendront plus complexes à déployer dans certains secteurs régulés (banque, santé, défense) côté UE.
Audite tes pipelines IA pour identifier ceux qui dépendent de DeepSeek, et prévois un plan B sur Mistral, Llama ou Qwen avant qu’on te le demande. Mais je doute que tu sois allé aussi loin sur les outils chinois !!
💰 #11 : RECURSIVE SUPERINTELLIGENCE LÈVE 650 MILLIONS AVANT DE PUBLIER UNE LIGNE DE CODE
Source : Crowdfund Insider / Crescendo, Mi-mai 2026 • Géographie : USA
📋 The News
Recursive Superintelligence, jeune pousse fondée en 2025 par d’anciens responsables et chercheurs d’OpenAI, Google DeepMind, Meta AI, Salesforce AI et Uber AI, a bouclé un tour de 650 millions de dollars à 4,65 milliards de valorisation, mené par GV (Google Ventures) et Greycroft. La société compte une centaine d’employés, n’a pas publié de modèle commercial et tient sa thèse R&D pour confidentielle.
Le pitch interne, partiellement révélé par les briefings investisseurs, porte sur une approche de “superintelligence récursive”, c’est-à-dire des architectures où le modèle entraîne et améliore lui-même les modèles suivants sans intervention humaine sur l’optimisation.
C’est l’une des voies théoriques d’accélération vers l’AGI les plus discutées dans les cercles de recherche, à mi-chemin entre le RSI (Recursive Self-Improvement) historique et les Mixture-of-Agents récents.
Le timing est cohérent : depuis le tour de Thinking Machines à 12 milliards début 2026, le marché VC réinjecte massivement dans les startups d’AI research pré-produit pourvu qu’elles affichent une équipe top-tier ex-frontière.

Pour rappel, SSI (Safe Superintelligence) d’Ilya Sutskever avait levé sur le même schéma à 32 milliards plus tôt cette année.
💼 The Takeaway
Côté investisseurs européens, le signal est désagréable. La capacité américaine à valoriser 4,65 milliards une société sans revenu, sur la seule légitimité scientifique de son équipe, n’a pas d’équivalent du côté du vieux continent. C’est aussi ce qui creuse l’écart de financement de la recherche fondamentale en IA chez nous ! Et c’est malheureux !
Ce qu’il faut surveiller : la concurrence entre Recursive Superintelligence, SSI, Thinking Machines et le futur lab interne d’Anthropic. Si l’une de ces équipes publie une avancée méthodologique en 2026, la course AGI ne se jouera plus sur le compute mais sur l’algorithmie, et la dépendance européenne au compute américain perdra une partie de son argumentation stratégique.
🧠 #12 : LE GROUNDING, OU COMMENT L’IA APPREND À CITER SES SOURCES POUR ARRÊTER D’INVENTER
Source : Synthèse pédagogique (Neptune AI / K2view / Moveworks), Mai 2026 • Géographie : International
📋 The News
Le grounding (ancrage en français), c’est la technique qui consiste à brancher un modèle de langage à des sources externes au moment où il répond, pour qu’il s’appuie sur des faits vérifiables plutôt que sur ses seuls paramètres internes. La promesse : réduire les hallucinations, ces réponses confiantes mais fausses qui ont coûté cher à plus d’un dirigeant qui s’est appuyé sur ChatGPT sans vérifier.
Le mécanisme se résume en trois temps.
D’abord, ta question est transformée en une requête de recherche, soit vers le web (Google, Bing, Brave), soit vers une base interne (documents d’entreprise, intranet).
Ensuite, les passages les plus pertinents sont récupérés, généralement via une technique appelée RAG (Retrieval-Augmented Generation), qui repose sur des embeddings vectoriels permettant de retrouver les paragraphes sémantiquement proches de ta question.
Enfin, ces passages sont injectés dans le contexte du modèle qui rédige sa réponse en citant les sources retrouvées.

C’est précisément ce que font ChatGPT Search, Google AI Mode, Perplexity et l’API Gemini Grounding sortie début 2026. La nuance, c’est que tous ne se valent pas : la qualité des sources retrouvées, la fraîcheur de l’index et la rigueur des citations restent très inégales.
Et surtout, le grounding ne supprime pas les hallucinations, il les réduit. Un modèle peut toujours mal interpréter une source correctement retrouvée, ou inventer un détail entre deux faits exacts. C’est nécessaire, mais loin d’être suffisant pour atteindre la fiabilité d’un journaliste sérieux.
👉 Source vérifiable : https://neptune.ai/blog/llm-grounding
💼 The Takeaway
Le calcul à poser dans tes usages quotidiens : un modèle non-grounded (comme Claude ou GPT en mode direct, sans search activé) reste utile pour la création, l’idéation, la rédaction libre.
Un modèle grounded (ChatGPT Search, Perplexity, Gemini avec search) devient indispensable dès que tu cherches une information factuelle datée ou un chiffre vérifiable.
Action concrète si tu déploies de l’IA en entreprise : exige toujours le grounding sur les données internes (RAG sur ton intranet ou ta base documentaire) avant tout autre projet.
Sans cet ancrage, ton assistant IA produira des réponses plausibles mais détachées de ta réalité d’entreprise, et tu finiras par accumuler de la dette de confiance auprès de tes équipes plus vite que des gains de productivité.
🔧 #13 : OPENAI CODEX VA POUVOIR PILOTER PLUSIEURS MACHINES À LA FOIS, MÊME ENDORMIES
Source : TestingCatalog / OpenAI Developers / Remio, Mi-mai 2026 • Géographie : USA
📋 The News
Depuis avril, Codex (l’agent de développement d’OpenAI) peut contrôler le Mac sur lequel il est installé via la capacité Computer Use : il voit l’écran, déplace son propre curseur, clique, tape, ouvre des apps en parallèle de l’utilisateur humain.
Cette semaine, des éléments d’interface en cours d’intégration dans l’app Codex révèlent l’étape suivante : connecter Codex à d’autres machines desktop pour les contrôler à distance.
Le cas d’usage type, décrit par TestingCatalog : tu installes l’app Codex sur un Mac Mini dédié à des tâches de build, de test ou de simulation.
Depuis ton MacBook principal (ou même depuis l’app ChatGPT mobile, déployée en mai), tu lances un agent Codex qui ouvre l’IDE sur la machine secondaire, compile, exécute les tests d’interface graphique, vérifie le résultat dans le simulateur, et te renvoie un rapport. Tu peux empiler plusieurs agents en parallèle sur plusieurs machines.
Le saut technique en cours d’élaboration est plus radical : permettre à Codex d’opérer une machine macOS verrouillée ou en veille.
Si OpenAI lève cette contrainte, ton téléphone pourra réveiller un Mac, ouvrir une app, lancer un test, interroger une base de données, sans que tu sois physiquement là pour déverrouiller. C’est le rapprochement explicite d’une stack agentique avec une infrastructure de type ferme de build distribuée.
Le kif des entrepreneurs geeks comme moi, mais le plus gros risque pour la santé mentale en besoin de pause pour des entrepreneurs geeks comme moi ! héhé
💼 The Takeaway
Ce qui change concrètement pour les équipes engineering : la frontière entre ton poste de travail et tes machines de build s’efface.
Une dev senior pourra confier à Codex des chaînes complètes (compilation, tests d’intégration, déploiement staging) sur une flotte de Mac Mini dédiés, et passer son temps sur la conception plutôt que sur l’orchestration.
Sur le terrain sécurité, l’enjeu se déplace vite. Une fois qu’un agent peut réveiller et opérer une machine verrouillée, tes règles de gouvernance IAM, MDM et zero-trust doivent intégrer un nouveau type d’identité, celle de l’agent IA. À discuter avec le RSSI avant de laisser tes équipes déployer cette feature dès qu’elle sort de la bêta privée.
IA · Europe
🌍 #14 : MISTRAL : ARTHUR MENSCH DONNE DEUX ANS À L’EUROPE AVANT LA DÉPENDANCE PERMANENTE
Source : Digital Today / Mistral AI / Consultancy.eu, Mi-mai 2026 • Géographie : Europe
📋 The News
Arthur Mensch, CEO et cofondateur de Mistral AI, a publiquement déclaré cette semaine que l’Europe disposait d’environ deux ans pour bâtir une infrastructure IA souveraine avant de basculer en dépendance permanente vis-à-vis de la Big Tech américaine.
Le timing n’est pas anodin : la déclaration intervient au lendemain de l’annonce du fonds de fonds EIF de 15 milliards d’euros destiné à débloquer jusqu’à 80 milliards de financement pour les scale-ups européennes.
En parallèle, Mistral a confirmé son partenariat stratégique avec la Caisse des Dépôts français pour structurer une infrastructure GPU souveraine, et engage des discussions avancées avec plusieurs banques européennes (BNP Paribas, Santander, ING) autour d’un modèle dédié à la cybersécurité bancaire.
La société emboîte également le pas d’Accenture pour proposer du Sovereign AI clé-en-main sur le marché européen, en concurrence directe avec les offres souveraines Microsoft et Google.
Le contexte rend la sortie d’Arthur Mensch crédible. Mistral, valorisée environ 12 milliards d’euros, reste minuscule face aux 900 milliards d’Anthropic ou aux 852 milliards d’OpenAI. Pour combler l’écart, l’Europe doit financer plus vite, déployer plus large et signer plus d’engagements industriels.
Le Tech Sovereignty Package de la Commission, attendu le 27 mai, sera le révélateur. J’attends ça avec impatience !
💼 The Takeaway
À l’heure où la fenêtre se referme, les conseils d’administration européens reçoivent un message qui est devenu opérationnel. Les engagements pris d’ici fin 2027 sur le souverain (data center, compute, modèle) détermineront la marge de manœuvre des dix années suivantes, et ce n’est plus un sujet de RSE mais de continuité d’activité.
L’enjeu pour les patrons français se résume à une question à poser au prochain comité stratégique : ton DSI a-t-il un plan de contournement souverain prêt pour les workloads sensibles, activable si Washington décide d’un nouveau durcissement ? Si la réponse traîne, c’est le sujet à inscrire à l’ordre du jour cette semaine.
Spatial · Défense · Robotique
🚀 #15 : SPACEX VISE LE NASDAQ MI-JUIN, BLACKROCK PRÉPARE UN MILLIARD DE COMMANDE
Source : The Information / Spaceflight Now, Mi-mai 2026 • Géographie : USA
📋 The News
SpaceX viserait une introduction au Nasdaq autour de la mi-juin 2026, après plusieurs mois d’hésitation entre le Nasdaq et le NYSE. Reuters et The Information rapportent par ailleurs que BlackRock envisagerait un investissement de plusieurs milliards de dollars dans l’opération, potentiellement l’un des plus gros tickets institutionnels jamais vus sur une IPO tech.
Quant à moi, je prévois de mettre 4 euros : il faut reconnaître les bonnes affaires.
Les dernières rumeurs de banques d’affaires évoquent désormais une valorisation comprise entre 1,5 et 1,75 trillion de dollars, ce qui ferait de SpaceX l’une des plus grosses introductions en Bourse de l’Histoire.
L’opération intégrerait Starlink — constellation de plus de 10 000 satellites actifs et plusieurs millions d’abonnés dans le monde — ainsi que Starship, au cœur des ambitions lunaires de la NASA et du futur fret orbital.
Le timing du deal SpaceX-Anthropic (signé le 6 mai, accès à 300 mégawatts Colossus 1) prend tout son sens. SpaceX monétise sa capacité compute industrielle juste avant l’IPO, ce qui valide la diversification du modèle au-delà du lancement et de Starlink. Pour les analystes, c’est aussi un moyen de coupler la cotation à un récit IA plutôt qu’au seul spatial.
N’oublie pas que les 1000 milliards pour Alien Musk, c’est conditionné au fait de mettre un million de personnes sur Mars… on n’y est pas encore !
👉 Source vérifiable : https://www.theinformation.com/
💼 The Takeaway
Les acteurs européens de la défense spatiale (Eutelsat OneWeb, Airbus Defence, ArianeGroup) voient l’IPO SpaceX sceller une asymétrie de moyens qui rend toute compétition frontale illusoire à court terme. Le sujet stratégique devient le partage de capacité, pas la concurrence directe.
À l’heure où l’orbite basse devient un actif coté, les directions générales européennes doivent décider, soit acheter du temps Starlink Pro pour leurs flottes et leurs sites sensibles, soit pousser pour un Galileo IRIS² qui aurait enfin de la masse industrielle. La position d’attente devient intenable, surtout quand on se souvient du pouvoir de nuisance de Starlink dans les premiers mois de la guerre en Ukraine ! Tiens, et d’ailleurs en parlant d’Ukraine….
🤖 #16 : FOUNDATION FUTURE INDUSTRIES PLACE LE PREMIER HUMANOÏDE DE COMBAT EN UKRAINE, 24 MILLIONS DU PENTAGONE
Source : Fox Business / The Defense Post / Newsweek, Mi-mai 2026 • Géographie : USA / Ukraine
📋 The News
Foundation Future Industries, jeune pousse soutenue par Eric Trump et plusieurs fonds gravitant autour du nouveau ministère de l’Efficacité gouvernementale (entendre, la cash machine pour “le clan au Donald” en bon Français), a remporté un contrat de 24 millions de dollars avec le Pentagon pour son robot humanoïde Phantom MK-1. Deux unités, hautes d’1,80 mètre, ont été déployées à Kiev cette semaine pour appuyer les forces de première ligne ukrainiennes en mission de reconnaissance et de neutralisation de positions ennemies.
Le Phantom MK-1 est présenté comme le premier humanoïde conçu pour des applications de défense by design, avec une autonomie modulable (téléopéré ou autonome selon la mission), une charge utile permettant de transporter des dispositifs explosifs ou de surveillance, et une enveloppe résistante aux conditions urbaines extrêmes (il peut même entendre du Jul sans se démembrer). C’est aussi un signal politique fort : la défense américaine bascule officiellement vers la robotique humanoïde comme catégorie de matériel.
Grosse surprise !
La projection est ambitieuse. Foundation Future Industries vise 50 000 unités déployées dans l’armée américaine à horizon 2027, dans le sillage des programmes Atlas (Boston Dynamics, déjà en production chez Hyundai), Optimus Gen 3 (Tesla, lancement été 2026) et Figure 03 (Figure AI, premiers déploiements logistiques). La différence avec ces concurrents : Foundation se positionne d’abord sur la défense, pas sur l’usine ou l’entrepôt.
Tu m’étonnes !
💼 The Takeaway
Les industriels français de la défense terrestre (Nexter, Thales, Arquus) vivent un changement de tendance de l’industrie de défense américaine vers la robotique humanoïde de combat et ça les oblige à repositionner la R&D, en complément du drone aérien qui occupait le centre du programme depuis cinq ans.
Trois mois plus tard, les conseils d’administration qui auront identifié un partenariat industriel sur un humanoïde de combat européen seront en bonne position. Ceux qui auront laissé passer regarderont leurs marchés se faire éroder par les Foundation et Anduril.
🤖 #17 : SPECIAL CANNES OU L’IA COMME MEILLEURE ENNEMIE !
Le Festival de Cannes 2026 a fait de l’intelligence artificielle générative le sujet diplomatique central de son 79ᵉ millésime, sans pour autant trancher. En annonçant le 9 avril l’exclusion de fait des films « principalement portés » par l’IA générative de la Palme d’or, tout en intronisant Meta comme partenaire pluriannuel officiel le 11 mai, Iris Knobloch et Thierry Frémaux ont installé une ligne de crête : revendiquer une exception humaniste française tout en restant connectés à la machine économique mondiale. Le pari est risqué.
Côté Marché du Film, plus de trente sessions IA, un AI for Talent Summit tenu sur la Plage des Palmes avec Google, NVIDIA, Disney Accelerator et OpenAI, et la projection d’un documentaire signé Soderbergh utilisant la technologie Meta démontrent que l’industrie a déjà tranché, dans le sens de l’intégration.
La fracture qui traverse la profession n’est plus idéologique : elle est désormais générationnelle, géographique, et surtout réglementaire, à quelques semaines de l’entrée en vigueur de l’article 50 de l’AI Act européen (2 août 2026).
Le cadre a été posé le 9 avril 2026, Pathé Palace, Paris, lors de la conférence de presse de présentation de la sélection officielle. Iris Knobloch, présidente du Festival, y a livré ce qui restera la formule canonique de l’édition : « Il est important de préciser que nous défendons la liberté de créer pour tous les êtres humains, mais seulement pour les êtres humains » (AFP, repris par CB News, Radio-Canada, Noovo). Et plus tranchant : « L’intelligence artificielle est déjà entrée dans les studios, dans les salles de montage, dans le processus de création. Nous ne fermons pas les yeux mais nous refusons qu’elle dicte sa loi au cinéma. » La phrase qui résume la doctrine : « L’intelligence artificielle sait imiter, très bien même, mais elle ne saura jamais ressentir. »
Concrètement, aucun amendement formel du règlement officiel publié sur festival-cannes.com n’a été identifié. Reuters (15 mai) et Screen Daily décrivent un dispositif annoncé verbalement : les films dont l’IA générative pilote l’écriture, la synthèse de performance ou la génération visuelle primaire sont inéligibles à la compétition, tandis que les usages techniques (restauration, nettoyage, VFX classiques, voire de-aging) restent autorisés.
Les formulations de « ban total » relayées par certains blogs spécialisés (notamment aifilms.ai, qui est un site partial publié par un studio IA) sont des interprétations éditoriales plus catégoriques que les sources primaires. Aucune obligation formelle de mention au générique n’a été publiée.
Thierry Frémaux a complété la doctrine lors de la conférence de pré-ouverture du 11 mai 2026 (rapportée par Screen Daily, La Libre/Moustique, IndieWire). Il a affirmé : « Nous sommes du côté des artistes, des scénaristes, des acteurs et des comédiens de doublage. Nous sommes aux côtés de toutes celles et ceux dont les métiers pourraient être impactés négativement par l’IA. Il faut une législation. Il faut contrôler cela. »
Plus original, sa proposition d’un label « bio » : « Peut-être que cela permettra aussi de revenir au cinéma bio, avec des films qui, comme dans le vin, diront qu’ils ont été faits sans intelligence artificielle. » Et la métaphore qui a fait le tour des rédactions : « L’IA est à l’intelligence ce que la bicyclette électrique est à la bicyclette. Pour savoir faire du vélo électrique, il faut savoir faire du vélo. » À propos d’une comédienne synthétique (allusion à Tilly Norwood, la « starlette IA » lancée fin 2025), Frémaux a glissé : « J’ai vu, comme vous, une comédienne très belle mais fake. Mais surtout, j’ai su qu’il y en a des dizaines toutes prêtes. »
Le paradoxe Meta vient brouiller cette ligne. Annoncé le 11 mai, le partenariat pluriannuel avec le groupe de Mark Zuckerberg (succédant à TikTok) a installé une « Meta House » à l’Hôtel Majestic, a équipé une brigade d’influenceurs en Ray-Ban Meta et surtout, a fourni la technologie d’IA générative utilisée par Steven Soderbergh dans son documentaire présenté en sélection officielle (voir infra). NSS Magazine (14 mai) a résumé la critique : ce partenariat « valide l’hégémonie » de la technologie même dont Knobloch refuse qu’elle « dicte sa loi au cinéma ». Le passif judiciaire de Meta (condamnation à 6 millions de dollars à Los Angeles pour design addictif visant les mineurs) ajoute à la gêne.
La sélection officielle 2026 a réduit la question IA × cinéma à deux œuvres-symboles, l’une en compétition, l’autre hors compétition, qui résument à elles seules les deux modalités du débat — l’IA comme sujet versus l’IA comme outil.
Sheep in the Box (箱の中の羊) d’Hirokazu Kore-eda, en compétition pour la Palme, met en scène un couple japonais en deuil qui loue à la société « REbirth » un humanoïde reproduisant physiquement et mémoriellement leur fils de sept ans disparu. Le film a recueilli une ovation de 3,5 à 5 minutes selon les sources le 16 mai. En conférence de presse, Kore-eda a expliqué que l’idée lui était venue d’un entrepreneur chinois développant des systèmes IA capables de simuler des défunts : « Ces morts ressuscités tenaient des conversations, non seulement en revivant le passé, mais en bâtissant de nouvelles relations et en accumulant des expériences partagées. Est-il vraiment acceptable que les vivants manipulent l’existence des morts à leur guise ? » (Variety). Crucialement, le film parle d’IA sans en utiliser pour sa production : le robot est interprété par un enfant-acteur, Rimu Kuwaki. Les critiques sont mitigées (« thematically woolly » pour le Hollywood Reporter ; « strange but thoughtful » pour Deadline*), mais la portée philosophique est unanimement saluée.
John Lennon: The Last Interview de Steven Soderbergh, présenté en Séances Spéciales, est exactement l’inverse : un film utilisant massivement l’IA générative, à hauteur d’environ 10 % du métrage final, fourni par Meta, pour illustrer les passages les plus philosophiques de l’interview audio de 1980 dont aucune archive visuelle n’existe.
Soderbergh a revendiqué une transparence radicale, déclarant à Rolling Stone : « Je voudrais juste savoir que vous l’avez fait. Ensuite je peux décider ce que j’en pense. Je sentais que je devais aux gens la meilleure version de ce que j’essayais de créer ET une transparence totale sur la manière dont je l’ai fait. » En conférence de presse au Majestic le 17 mai : « Je suis mon propre lanceur d’alerte. »

La réception critique des séquences IA a été uniformément accablante : IndieWire évoque une « imagerie générée par IA d’une laideur consternante » ; Roger Ebert qualifie l’art IA d’« invariablement bidon » ; Rolling Stone, The Guardian et Time enfoncent le clou. Le film, paradoxalement, a permis à la critique de tester pour la première fois ce que vaut, sur grand écran, la production IA d’un cinéaste prestigieux. Le verdict est cinglant.
Il ne fait pas bon être un pionnier sur l’IA à Cannes, dirait-on !
Hors de ces deux pièces maîtresses, la sélection officielle reste très peu marquée par l’IA, contrairement à l’effet de halo médiatique. Aucun film de la Quinzaine des Cinéastes ni de la Semaine de la Critique 2026 n’a été identifié comme utilisant ou traitant de l’IA de manière notable. Pour des projets a priori à risque (de-aging probable, archives reconstituées) comme Moulin de László Nemes sur Jean Moulin, Fatherland de Pawel Pawlikowski, Paper Tiger de James Gray ou Diamond d’Andy García (avec Dustin Hoffman, 88 ans, et Bill Murray), aucune information publique sur d’éventuels usages d’IA n’a été divulguée — ni confirmée, ni démentie.
Ok…
La conférence de presse du jury 2026 du 12 mai a livré la scène la plus commentée de la première semaine : un échange à distance, presque un duel, entre Demi Moore et Paul Laverty sur l’IA. Moore, interrogée par Variety, a déclaré : « L’IA est là. Et vouloir la combattre, c’est mener une bataille que nous perdrons. Trouver comment travailler avec elle est une voie plus précieuse. »
Avant d’ajouter, plus prudente : « Faisons-nous assez pour nous protéger ? Je ne sais pas. Mon intuition serait de dire : probablement pas. » La réaction sur les réseaux sociaux a été immédiate et hostile, certains commentateurs (Fox News, AV Club, Jezebel, Fast Company) y voyant une « capitulation » alignée sur la « propagande » des géants tech.
Paul Laverty, scénariste écossais et collaborateur historique de Ken Loach, a opposé la dénonciation la plus tranchée du festival, dans la même conférence (Hollywood Reporter, IndieWire) : « Il faut regarder qui possède ces grandes corporations. Des gens comme [Peter] Thiel. Il n’a pas grand-chose de positif à dire sur la dignité humaine. Il ne se soucie pas le moins du monde de l’égalité. […] Nous devons examiner qui possède l’IA, et nous devons la rendre transparente, et exiger qu’elle soit construite de manière démocratique. C’est bien trop important pour être laissé à ces gars-là. »
L’opposition n’est pas idéologique sur la technologie en elle-même : elle porte sur le contrôle politique de l’infrastructure. Park Chan-wook, en président diplomate, s’est gardé de toute déclaration directe sur l’IA, se contentant de défendre la place de la politique dans l’art : « Je ne crois pas qu’on doive séparer la politique et l’art. » Les autres jurés (Chloé Zhao, Stellan Skarsgård, Ruth Negga, Isaach De Bankolé, Laura Wandel, Diego Céspedes) n’ont pas pris position publiquement.
La maîtresse de cérémonie Eye Haïdara, lors de la soirée d’ouverture, a quant à elle adressé un salut politique aux spectateurs « partout où l’Internet n’a pas été coupé, partout où l’intelligence artificielle ne s’est pas substituée à la réalité » ; donnant le ton dès la première minute du festival.
L’opposition à l’IA générative à Cannes 2026 ne tient pas d’une rumeur diffuse mais d’un édifice argumentatif assez net, articulé autour de plusieurs voix.
Guillermo del Toro a été le plus virulent. Lors de la projection de la restauration 4K du Labyrinthe de Pan en Cannes Classics (12 mai 2026), repris par Variety : « Nous sommes, malheureusement, dans des temps qui rendent ce film plus pertinent que jamais, parce qu’on nous dit que tout est inutile de résister, que l’art peut se faire avec une foutue application. » À Reuters, il a précisé une distinction essentielle pour le débat industriel : « De manière très malhonnête, [l’IA] est mise sous le même nom. Pour avoir une discussion correcte, il faut distinguer l’IA générative et toute autre fonction de l’IA. » TheWrap rappelle qu’il avait déclaré préférer « mourir plutôt que d’utiliser l’IA générative » dans ses films.
Seth Rogen, producteur du film d’animation Tangles (Séances Spéciales), revendique l’absence totale d’IA dans son œuvre et fustige sans détour : « Si votre instinct est d’utiliser l’IA et de ne pas passer par le processus [créatif], vous ne devriez pas être scénariste. »
Le bloc institutionnel français pèse lourd. La tribune de l’Adami publiée par Le Parisien le 22 février 2026, signée par environ 4 000 acteurs et cinéastes français dont Gérard Jugnot, Franck Dubosc, Léa Drucker, Swann Arlaud, Élodie Bouchez, Karin Viard, José Garcia, Bérénice Bejo et Mimie Mathy, constitue la mobilisation collective la plus puissante. L’argumentaire est brutal : l’IA est qualifiée d’« hydre dévorante », le clonage de voix sans autorisation « devient légion », et « ce pillage en règle n’est pas du fantasme, c’est ici et maintenant ». Le communiqué inter-syndical du 23 septembre 2025 signé par la Guilde française des scénaristes, l’ARP, la SRF, le SCA, la SACD, U2R et l’AGRAF, en réponse à l’annonce par OpenAI/Vertigo Films du projet Critterz (premier long-métrage d’animation « largement généré par IA » visant Cannes 2026), pose un principe non négociable : « Toute œuvre doit avoir des auteurs humains aux postes créatifs clés. »
Côté américain, Christopher Nolan, président de la Directors Guild of America depuis septembre 2025, n’est pas à Cannes mais a posé le cadre des négociations DGA ouvertes le 11 mai (interview Variety, 2 février 2026) : « Les changements technologiques ne devraient pas servir d’excuse pour sous-payer notre main-d’œuvre. Les machines ne peuvent pas remplacer l’imagination d’un réalisateur. » La DGA exige la divulgation obligatoire de l’IA, l’autorité créative et un système de licences pour l’entraînement, sur fond de baisse de 35-40 % de l’emploi de ses membres depuis 2023. Les accords WGA (avril 2026, 4 ans) et SAG-AFTRA (2 mai 2026, 4 ans, négocié par Duncan Crabtree-Ireland) ont obtenu des protections IA renforcées, dont une « Tilly tax » envisagée (redevance sur chaque usage d’une performance IA).
Notons l’absence vérifiée de déclarations publiques récentes sur l’IA de la part de Tilda Swinton (qui a néanmoins co-réalisé un film expérimental utilisant ChatGPT, Midjourney et Synthesia à Sheffield DocFest 2024, rendant sa position ambiguë), de Justine Triet, et d’Alice Rohrwacher. La célèbre dénonciation de Hayao Miyazaki (« un affront à la vie elle-même ») date d’un documentaire NHK de 2016, ressortie virale en mars 2025 lors du « Ghibli trend » sur ChatGPT-4o, sans déclaration nouvelle depuis du studio.
Face à l’opposition vocale, le camp accommodant rassemble une coalition plus hétérogène mais structurellement plus puissante, dont l’incarnation à Cannes 2026 a été Darren Aronofsky. Le réalisateur de Black Swan a fondé en 2025 le studio Primordial Soup, en partenariat avec Google DeepMind, et a été l’invité-vedette du AI for Talent Summit le 16 mai 2026 (Plage des Palmes, sur invitation), en conversation avec James Manyika (Senior VP de Google/Alphabet). Citation Deadline : « Aucun de ces films, du moins ceux que nous produisons, n’existerait sans cette technologie. Ils ne remplacent rien, ils sont purement additifs. » Et plus offensif : « Ces outils sont là. Ils sont utilisés à un rythme incroyable, mais ils sont surtout utilisés pour de la bouillie. En tant que conteurs, nous devons nous approprier ces outils. » Le court-métrage Goodnight Lamby (Primordial Soup × DeepMind, Dustin Yellin) a été projeté en Cannes Classics le 19 mai.
Peter Jackson, Palme d’or d’honneur décernée à l’ouverture, a livré la formule la plus apaisée (masterclass du 13 mai, TheWrap) : « Pour moi, c’est un effet spécial. Ce n’est pas différent d’autres effets spéciaux. Je ne le déteste pas du tout. » James Cameron, dont l’exposition immersive The Art of James Cameron au Palais des Festivals court jusqu’au 24 août, reste au board de Stability AI tout en faisant figurer un « no gen AI used » au générique d’Avatar: Fire and Ash (sortie décembre 2026).
Citation Screen Daily : « L’IA générative est la prochaine grande vague dans la technologie du cinéma […]. C’est un génie sorti de la bouteille. C’est le Far West. »
Le Marché du Film 2026 s’est positionné en contrepoint à la doctrine du Festival officiel. Son directeur exécutif Guillaume Esmiol (Hollywood Reporter, avril 2026) a posé la ligne : « Le Marché est le lieu où nous devrions avoir cette discussion. » Selon l’analyse Stephen Follows, 31 des 250 sessions du Marché 2026 portent sur l’IA. La deuxième édition de l’AI for Talent Summit (15-16 mai, sur invitation C-level) a réuni des représentants d’Alphabet, Disney Accelerator, NVIDIA, OpenAI, plus une présence européenne notable (Commission et Parlement).

Le panel Kling AI du 18 mai, organisé par Obsidian Studio (liée à Imagine Entertainment de Ron Howard) avec Jon Erwin (House of David, Amazon), a confirmé l’avance asiatique en production-intégration : Kling (Chine), Mateo AI Studio/MBC (Corée). L’événement Eros Innovation « AI in Asia » du 14 mai, avec son CEO Kishore Lulla, a annoncé le lancement global d’Eros Universe en juin 2026, fondé sur des Large Cultural Models entraînés sur 1,5 trillion de tokens « rights-cleared » — une réponse indienne à la question des droits.
Acteurs IA présents au Marché 2026 : Higgsfield AI (Alex Mashrabov, projection de Hell Grind le 21 mai, partenariat avec Chuck Russell pour deux films), Acme AI & FX (Ryan Kavanaugh, Garrett Grant, qui vend le Bitcoin: Killing Satoshi de Doug Liman avec Gal Gadot et Casey Affleck pour 70 M$ vs 300 M$ « traditionnel »), Wonder Studios (« le A24 de l’IA », 12 M$ levés, valorisé 50 M$), New Hollywood d’Alan Pao (revendication contestée d’usage par Speed the Plow de David Mamet), Storyverse, Flawless. Notable : Sam Altman, Cristóbal Valenzuela (Runway) et Mati Staniszewski (ElevenLabs) ne sont physiquement présents en personne à Cannes 2026 selon les sources disponibles, soulignant que les frontier labs parlent à distance d’un débat dont l’industrie de la production-utilisateur s’empare seule.
Le CNC sous Gaëtan Bruel (président depuis 2024) a posé une doctrine à trois axes : transparence (déclaration obligatoire de l’usage de l’IA dans les projets soutenus), accompagnement (résidences, appel à projets de 320 000 € ouvert d’octobre 2025 à février 2026), et analyse (Observatoire de l’IA avec Audiens et l’AFDAS).
Selon Pauline Dalmasso, cheffe du service industries techniques et innovation du CNC, plus d’un tiers des projets déposés au CNC intègrent déjà de l’IA. L’enquête CNC/Audiens présentée au PIDS 2026 d’Enghien chiffre l’impact : plus de 80 % des films français agréés ont engagé des dépenses en VFX en 2024 (record), pour 26,8 M€ et un coût moyen de 172 900 € par film. Et surtout : « près de 90 % des studios VFX déclarent avoir expérimenté l’IA générative ». Le secteur du doublage est mobilisé : SFA-CGT, SNAPAC-CFDT, SNLA-FO, SNAJ-CFTC, SIA-Unsa et Les Voix.fr chiffrent 15 000 emplois menacés en France dont 5 000 artistes-interprètes, sur fond de souvenir du retrait par Amazon Prime de séries coréennes doublées par IA en mai 2024.
L’annonce politique majeure de l’édition est venue de Catherine Pégard, nommée ministre de la Culture le 26 février 2026 en remplacement de Rachida Dati (partie à la mairie de Paris). Lors de son premier discours devant les professionnels du cinéma à Cannes, le samedi 16 mai 2026, Pégard a opéré un tournant doctrinal : « L’intelligence artificielle est un outil. Elle peut accélérer, faciliter, enrichir la fabrication des films. Mais une œuvre, c’est un regard. C’est une intention. Des sentiments. Aucun algorithme n’y peut rien. » La décision opérationnelle suit : « Le CNC va très prochainement modifier les règles relatives à ses aides pour garantir le respect d’un principe simple : aider la création, c’est aider la création humaine. »
Concrètement, le CNC n’aidera pas une œuvre sans auteur, et seule l’interprétation humaine pourra être soutenue en matière de doublage. Mais Pégard a tenu à préciser : « Il ne s’agit pas d’interdire l’usage de l’IA dans les œuvres aidées » — uniquement de refuser le soutien aux projets où « l’IA se substituerait au créateur, au lieu de lui apporter des outils supplémentaires ». C’est probablement la mesure la plus structurante annoncée à Cannes 2026.
Côté producteurs, deux logiques cohabitent. MK2 (Nathanaël et Elisha Karmitz) incarne le pragmatisme exploratoire : co-créateur avec Artefact de l’Artefact AI Film Festival (deux éditions, jury 2025 présidé par Cédric Klapisch), Elisha Karmitz a déclaré à Reuters : « Je ne sais pas si l’IA, à l’avenir, donnera un avantage. Ce dont je suis sûr, c’est que rejeter l’IA par principe donnera un désavantage. »

Pathé (Ardavan Safaee) a lancé en avril 2025 un prix de meilleur synopsis IA avec Genario, plateforme qui a signé un accord de rémunération des ayants droit avec la SACD. Mediawan a structuré un département IA en interne et recrute des « IA implementation artists ». La Media Company de Didier Lupfer (ex-StudioCanal), Édouard Boccon-Gibod (ex-TF1) et Tariq Krim revendique d’« intégrer l’IA dans des phases clefs de la fabrication des films ». En revanche, Vincent Maraval (Goodfellas, ex-Wild Bunch), Sidonie Dumas (Gaumont), StudioCanal n’ont pas pris position publique IA pour Cannes 2026 — un silence stratégique en soi.
Le sous-texte juridique de Cannes 2026 est implacable : le 2 août 2026, l’article 50 de l’AI Act européen entre en application générale, imposant aux fournisseurs d’IA générative de marquer leurs sorties (watermark, métadonnées) en format lisible par machine, et aux déployeurs de divulguer la nature artificielle de tout deepfake.
Une exception « œuvre artistique, créative, satirique ou fictionnelle » prévoit une « divulgation minimale et non intrusive » — la transposition concrète (icône permanente ou affichée 5 secondes, format français « IA » harmonisé) est en cours de négociation via le Code of Practice on Transparency, dont le premier brouillon a été publié le 17 décembre 2025 et la finalisation est attendue mai-juin 2026. Les sanctions peuvent atteindre 15 M€ ou 3 % du chiffre d’affaires annuel mondial.
Sur l’amont — l’entraînement des modèles — la jurisprudence européenne s’est durcie. Le Tribunal régional de Munich I a rendu le 11 novembre 2025 le premier jugement européen condamnant OpenAI pour violation du droit d’auteur (affaire GEMA, n° 42 O 14139/24) : la mémorisation par le modèle de paroles de neuf chansons d’auteurs allemands a été qualifiée de reproduction illicite, et l’exception TDM (text and data mining) de la directive 2019/790 a été expressément rejetée.
La décision britannique opposée, du 4 novembre 2025 (Getty Images v. Stability AI) crée un écart juridictionnel post-Brexit qui sera structurant et encombrant au moment où le UK semble vouloir retrouver le chemin de Bruxelles !
En France, le SNE, la SGDL et le SNAC ont assigné Meta en mars 2025 ; Nouveau Monde Éditions poursuit Mistral AI ; et la tribune SNE/Scam/SACD/Sacem d’avril 2026 (20 000 signataires) demande l’inscription à l’Assemblée d’une proposition de loi sur la présomption d’utilisation des contenus culturels par les IA, déposée au Sénat en décembre 2025. Le Code of Practice for General-Purpose AI Models (publié 10 juillet 2025) a été signé par Amazon, Anthropic, Google, IBM, Microsoft, OpenAI, Aleph Alpha et Mistral AI ; Meta a refusé de signer — détail piquant pour le sponsor officiel du Festival.
Pour revenir à Cannes et au FIF, l’édition 2026 marque moins une rupture qu’une prise de position défensive de la diplomatie culturelle française face à une vague qu’elle ne peut plus ignorer. Cannes n’a pas banni l’IA, il a inventé une distinction (l’IA-outil acceptable / l’IA-créatrice exclue), exactement comme la viticulture européenne a inventé les AOP face à la mondialisation des vins. La métaphore « bio » de Frémaux est révélatrice : la défense de l’humain devient un label de différenciation marketing, non une interdiction.
Trois angles morts persistent.
Premier angle mort : l’absence d’un règlement écrit. Aucune règle formelle publiée n’oblige à divulguer l’IA au générique d’un film en compétition ; la doctrine reste verbale, ce qui crée une zone grise pour les producteurs et empêche tout contentieux clair.
Deuxième angle mort : la sous-déclaration probable des usages IA dans des films de la sélection officielle (de-aging, restauration de voix, génération de plans secondaires), que personne (ni le Festival, ni la presse) ne s’est risqué à investiguer film par film.
Troisième angle mort : l’absence physique des fondateurs des grands laboratoires d’IA. Quand Sam Altman, Cristóbal Valenzuela (Runway) et Mati Staniszewski (ElevenLabs) se font représenter à Cannes par des cadres ou commentent à distance, le débat sur le pouvoir reste asymétrique. Paul Laverty l’a dit plus crûment que quiconque : la vraie question n’est pas « faut-il accepter l’IA », c’est « qui possède l’infrastructure ».
L’année 2026 sera celle où l’IA aura quitté la sphère technologique pour entrer dans la sphère régalienne du cinéma européen ; entre l’article 50 de l’AI Act applicable le 2 août, la modification annoncée des aides du CNC, et la jurisprudence de Munich qui ouvre la voie à des procès en cascade.
Ce que Cannes 2026 aura véritablement signalé, sous sa surface contradictoire, c’est que l’Europe a choisi son cadre (celui de la régulation préventive) et que les festivals deviennent l’arène de sa légitimation symbolique. Le label « bio » de Frémaux n’est pas une boutade : c’est la première intuition d’un système d’étiquetage qui finira par exister, juridiquement ou commercialement. La question résiduelle, ouverte, est de savoir si les spectateurs paieront pour le voir, ou si — comme le suggère implicitement la réception cinglante du Soderbergh — ils sauront déjà le distinguer à l’œil nu.
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WHY A.I. LIES… | Gautham Govindan
Tu veux savoir des trucs sur ChatGPT et Google ? Et rire ?































